Le débat public sur le corps électoral n’aura pas lieu

Publié le par afrnc

            Dans un article des Nouvelles-Calédoniennes daté du vendredi 9 février, le lecteur pouvait lire dans une rubrique consacrée à la télévision :  le service public a présenté ses grilles télé et radio de la rentrée. « Donner à voir, à entendre et à comprendre » serait le   nouveau credo de la direction de RFO. 

 Le directeur du service public après une année 2006 difficile marquée par des conflits sociaux, voudrait donner du rythme et du dynamisme à la station du Mont Coffyn. De nouvelles émissions devraient  apporter de véritables éclairages afin de satisfaire les yeux et les oreilles d’une population à « la recherche d’une expertise et de médiation. Le journaliste des Nouvelles de poursuivre : « une obligation quand on sait les échéances politiques à venir d’ici à la fin du mois de juin. »  

            Tout un programme effectivement, et nous ne pouvons que souscrire à de telles résolutions. Le service public mettra en place cette grille dès le 19 février, date à laquelle les parlementaires réunis en Congrès  à Versailles scelleront définitivement le sort du « corps électoral calédonien. »  

            Nous sommes en droit de nous demander, pourquoi cette télévision qui est  normalement au service du téléspectateur-citoyen n’a-t-elle jamais au cours des derniers mois pris l’initiative d’organiser un débat public sur le thème du « Corps électoral en Nouvelle-Calédonie? »  

            Pour sa part l’Association des Français Résidents de Nouvelle-calédonie, a dès le mois de février 2006, bien avant l’examen par l’assemblée Nationale de la modification de l’article 77 de la Constitution, proposé à RFO de prendre l’initiative d’une telle émission. Mais aucune réponse. La même démarche effectuée auprès du rédacteur en chef de Radio Nouvelle-Calédonie s’est soldée par un silence assourdissant. Le sort politique et civique de milliers de compatriotes installés en Nouvelle-calédonie ne justifierait-il pas aux yeux des responsables du service public un minimum d’attention ? Les téléspectateurs calédoniens n’éprouveraient-ils pas le besoin d’être informés sur l’évolution de l’Accord de Nouméa, autrement que par des communiqués distillés à la télévision au grès des prises de positions des uns et des autres ?  

            Le conflit social qui a entravé l’activité normale du service public pendant plusieurs  mois n’explique pas  pour autant une telle carence d’informations interactives. Un débat aurait semble-t-il, compte tenu de l’importance croissante prise  par ce problème au sein de la société civile calédonienne, été une initiative pédagogique certainement appréciée des téléspectateurs. 

            Preuve en est, les trois associations citoyennes, dont l’AFRNC, avec de faibles moyens techniques et financiers ont réussi à remplir le 4 décembre 2006 la salle VENEZIA du NOUVATA-Park  Hôtel sur le sujet. Les principaux partis politiques et leurs dirigeants ont répondu présents à l’appel lancé par les organisateurs. Plus de 800 personnes avides d’informations ont par leur participation active lors de ce grand rassemblement citoyen prouvé qu’une telle initiative était utile. D’ailleurs les nombreuses   questions  posées aux élus et les réponses obtenues  ont apporté un minimum d’éclairage sur le « corps électoral de Nouvelle-calédonie. » Certaines radios privées locales ont de leur coté fait un effort incontestable pour donner la parole aux associations pour qu’elles puissent s’exprimer sur ce sujet. 

  Dans quelques jours, en métropole, les députés et sénateurs qui n’en doutons pas voteront le gel du corps électoral, lundi 19 février, décideront en lieu et place des Calédoniens. Pourtant la télévision publique aurait pu apporter un éclairage supplémentaire en donnant la parole en directe aux partisans et aux opposants de la modification de la Constitution. Pourquoi priver les téléspectateurs d’un tel débat ? Les Calédoniens ne seraient ils pas assez imprégnés par la chose publique pour leur refuser le droit à l’expression  en toute sérénité ?

Certes, RFO nous promet des initiatives à quelques mois des échéances nationales, (élections présidentielles et législatives ) nous ne pouvons que féliciter la direction de la station du Mont Coffyn de cette perspective.  L’Accord Nouméa  et la modification de l’article 77 de la Constitution qui va entériné le gel du corps électoral aux assemblées de province et du congrès « passera comme une lettre à la poste » le 19 févier 2007. Nous pouvons imaginer dès à présent le titre  du journal télévisé de 19 heures 30, au cours duquel la journaliste, utilisant une formule lapidaire, annoncera le résultat de vote des parlementaires. Une telle modification institutionnelle ne méritait-elle pas une confrontation des idées plus large et approfondie ?  

 Les conséquences engendrées le gel du corps électoral,  notamment dans le domaine de la citoyenneté et de sa transmission héréditaire, dans le droit à l’accès à l’emploi dans la fonction publique locale,  ou dans le secteur salarié et pour les professions libérales, ne méritaient pas un éclairage local ?  

            Il est regrettable que le service public, ait  attendu que le Congrès de Versailles adopte la modification de la loi constitutionnelle, pour mettre en place concomitamment  sa nouvelle programmation. Nous aurions préféré, alors que certains candidats à l’élection présidentielle, promettent une intensification de la démocratie participative, un meilleur traitement de l’information. Mais il semble que la direction du service public, préférant opter pour le sacro-saint « pas de vagues » à volontairement passer au second plan, l’impact constitué par la nouvelle situation institutionnelle de ces sous-citoyens français, qui finalement, privés du droit de vote ne seront pas pour autant exonérés de payer la contribution à l’impôt public dont une partie alimente le budget de la station RFO. 

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